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Le regret est une seconde erreur ~ Etoile Abyssale et Autumn

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Le regret est une seconde erreur ~ Etoile Abyssale et Autumn

Message par Invité le Lun 25 Mar - 19:49


Etoile Abyssale
« Le regret est une seconde erreur. » Raymond Latarjet

Le chemin de la vie est un pont fragile, étroit.
Un pont qui se brise à chaque pas en avant.
Un pas de coté, une ridicule erreur,
Un retour en arrière, un arrêt trop brusque,
Le moindre choc,
Et les pierres se dérobent sous ton poids.
Et tu tombes dans l'abime pour ne plus jamais te relever.


La brume emplissait le camps de sa pâle lueur grisâtre. Assis au milieu de ces voluptueux nuages, j'étais seul. L'opaque clarté de ces volutes de fumées obscurcissait ma vue, l'humidité affaiblissait mes sens. J'étais seul, dans une atmosphère semblable au vide. Rien d'autre que le gris des nuages du matin n'existait en cet instant. Je flottais littéralement dans le gris, le neutre. J'étais entre le noir et le blanc, ni bon ni mauvais. J'étais neutre. Aucune pensée ne venait troubler ce silence. Pas de réflexions positives. Pas de réflexions négatives. La torpeur. L'engourdissement. Le regard fixe, l'esprit vide de toute émotions, j'hibernais.

La solitude s'empara de moi. La sérénité. Le calme. Je fermais les yeux, humant avec délice l'air humide. Heureux de pouvoir ne penser à rien, de ne plus avoir à me soucier de mon clan, de mes ennemis, des menaces qui planaient dans l'ombre. Un instant, j'enviai la vie sans questions, sans projets de chat errant. Une ridicule seconde d'indécision et de regret avant de me reprendre. Non. Je n'étais pas fait pour cette vie au jour le jour, cette vie de débâcle, en solitaire, comme un renégat.

Pourtant, mon cœur battait à tout rompre et menaçait de s'arrêter. Je paniquai. Mes obligations de chef m'oppressaient. J'avais soudain besoin de plus de libertés. Je souhaitai fuir mes responsabilités, craignant de ne pas être à la hauteur. Peu à peu, une langueur monotone m'envahit, me résignant. L'envie d'un sommeil éternel s'empara de moi.

Mes paupières lourdes me donnaient envie de fermer les yeux pour ne plus jamais les rouvrir. Mes pattes semblaient peiner à supporter mon poids et menaçaient de s'affaisser. Je sentais une vague envie de dormir ébouriffer mon pelage, entrant en moi et touchant mon cœur comme un baume tentateur, apaisant.

Mais surtout, je me rendais soudain compte que ma vie n'avait été que mélancolie et souffrance. Je ne valais rien dans le grand cycle de la vie. Mes exploits passés me semblaient désormais sans intérêt, inutiles. J'étais comme un chaton aveugle bataillant contre la monotonie du monde, cherchant à avancer dans la vie, combattant la mort. Cette dernière action me semblait soudain absurde. Pourquoi haïr la mort ? Peut être n'était-ce que délivrance aux souffrances de la vie. Pourquoi tant s'épuiser à reculer l'inévitable ? La vie ne valait pour moi plus la peine d'être vécue.

Je fermai les yeux, écoutant le doux murmure du vent. La gueule entrouverte, je savourai les effluves humides de l'air. Le brouillard se dissipait peu à peu. Ma mélancolie s'en allait avec lui. Je me convainquais à présent de l'absurdité de mes pensées, même si une part de moi acceptait cette vérité et la hurlait à l'autre, qui refusait d'admettre la défaite, dans un murmure assourdi par ma détermination, l'instinct de survie et mon amour pour mon clan.

J'ouvris les paupières. Le brouillard s'était dissipé. L'aube pointait le bout de son nez, au loin. A l'horizon, les premiers rayons du soleil illuminaient le camps de leur chaleur éclatante. Mes pensées noires s'envolaient peu à peu. Les guerriers se réveillaient calmement tandis que leurs apprentis avaient déjà les yeux pétillant d'une soif d'apprendre et d'explorer, parfaitement réveillés. C'était beau. C'était un artifice, une illusion mais c'était beau. Magnifique, même.

Un chaton pointa le bout de son nez hors de la pouponnière avant d'être rabroué par sa mère et de disparaître dans le buisson de ronces impénétrables. Je souris, me revoyant à la place du petit, fugueur et plein de vie, sautant sur la moindre occasion de jouer, comme le font les petits. Les yeux dans le vague, je revis avec nostalgie les moments d'insouciance et de joie pure, lorsque ma mère et mon père étaient encore en vie. Je revenais sur le présent et mon visage se ferma, lorsque je compris que je ne les reverrais que dans un futur lointain. Dans trop longtemps. Leur présence chaude et leur parfum délicieux à mes cotés me manquait énormément.

Je partis. Sans un regard en arrière, sans une parole. Je voulais les quitter à tout jamais. Ne jamais me retourner. Oublier. M'enfuir. Disparaître. Mourir à leurs yeux. Mais ce serait mourir à mes yeux, aussi. Je restais par fierté. Parce que ce serait fuir comme un lâche, comme un traitre à mon clan. Je restais par devoir. Parce que d'autres croyaient en moi, me faisaient confiance. Je restais parce que je n'avais pas le choix. Parce que la société décidait et qu'il fallait suivre sans faire un écart. Parce que l'étau des chaines de mots entremêlés me serraient la gorge, m'entravaient. Devoir, obligations, responsabilités, devoir... J'étais né parce que la vie en avait décidé ainsi. Ceux que j'aimais étaient mort parce que la vie en avait décidé ainsi. J'avais survécu parce que la vie en avait décidé ainsi. Comme chaque être vivant sur cette terre fade, bourrée d'artifices cachant la souffrance.

Je marchais. Mes pas avançaient d'eux même. J'étais une âme sans but, une âme errante. Je me sentais mourir à petit feu. Sans pouvoir abréger mes souffrances, sans pouvoir sans pouvoir me sortir de cette douleur qui m'emprisonnait et me tuait lentement. Très lentement. J'allais mourir, oui, mais dans longtemps. Il fallait le temps que je sois entièrement réduis à l'état d'enveloppe charnelle. Il fallait attendre que mon esprit soit entièrement rongé par... Par quoi ? Une chose impossible à cerner, impossible à nommer. Ce mal-être continu, cette ombre malfaisante toujours à mes cotés. Cette chose, personne n'en entendrait jamais parler. Parce que j'avais décidé de la cacher au fond de moi. Pour l'oublier ? Pour protéger mes proches ? Pour me protéger ? Je ne savais même pas.

Le ciel. Rosé. Éclairé par les rayons du soleil. Beau. Illusion. Cette aube cachait ma détresse, et celle de milliers d'autres personnes, fourmillant sur cette terre, vaquant à leurs occupations du quotidien. Seulement dictées par la monotonie. Emprisonnées par leur souffrance et leur désespoir. Inactives. Depuis quand ont-elles arrêté de faire quelque chose d'inhabituel ? Depuis quand ont-elles cédé à la monotonie de la vie ? Elles se sont battues pour quelque chose de bon, surement, comme moi. Peut être ont-elles un jour cru que tout était réussit, qu'elles avaient gagné, avant que la vie ne leur remette les idées en place. Peut être n'ont-elles même pas atteint ce stade. Peut être se sont-elles écroulées avant. Peut être...

La vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Cette réalité me hurlait de mourir coute que coute, me hurlait de me libérer de cette prison grise, fade où chaque seconde n'était que torture et artifice. Mais je ne pouvais me résoudre à commettre l'acte qui m'ôterait la vie. J'en étais destiné à attendre, à espérer que quelqu'un s'en charge à ma place. Tout en me maudissant intérieurement pour ne pas avoir assez de volonté, d'aplomb. Je ne voulais pas vivre. Mais j'avais si peur de mourir. Oui. C'était le mot exact. Peur. Sans vouloir me l'avouer, j'avais peur. Même si à l'intérieur de moi, je savais que la mort n'était que délivrance, même si je me hurlais à moi même de prendre la force nécessaire et de sauter dans le vide, dans un adieu silencieux, j'avais peur. Et cela m'entravait plus que tout. Je m'enlisais dans cette peur, elle m'avait en son pouvoir, me contrôlait et me forçait à continuer de mourir à petit feu. Je pourrais rire de ce paradoxe. Pourquoi pas ? Mais non. Ce serait de l'humour noir, mauvais, flippant. De l'humour triste qui ne servirait qu'à me faire souffrir d'avantage.

Un vent frais vint agiter mon pelage et je goutais avec délice à la fraicheur du matin. L'herbe verte caressait mon ventre. Mes coussinets s'enfonçaient dans le sol, créant une marque parfaite. La terre se modulait pour m'aider à avancer. Ou à me retenir. Était-ce une ennemie ? Une amie ? Que pensait la terre, de ces milliers, de ces millions, de ces milliards de petits pas innocents. Se sentait-elle souillée ? Ou n'avait-elle tout simplement pas d'âme et d'esprit pour y réfléchir. Pas d'âme. Pas d'esprit. Pas de moyen de penser. N'était-ce pas une façon de se taire, de laisser faire mais aussi de ne plus souffrir ? N'était-ce pas un moyen de se délivrer des tortures quotidiennes de la vie ? Être libéré de sa conscience à jamais... C'était un rêve inaccessible.

J'humais l'air avec prudence. Une odeur inhabituelle vint chatouiller mes narines. Un chat état ici, empiétait mon territoire, chassait peut être même, cherchant à affaiblir encore plus mon clan. Comme si la vie ne s'en était déjà pas assez chargée. Comme si elle avait besoin de lui pour nous torturer. Comme si chaque pas n'était pas déjà que souffrance. J'haïssais chaque chat, chaque être vivant. Ils avaient commis la faute la plus terrible. Ils existaient. Je me haïssais de refuser de mourir. Je comprenais chaque minuscule point mouvant sur la Terre tout en les détestant de tout mon cœur. Tout en adorant et en protégeant certains. Je les haïssais, je les aimais, je les protégeais, je les comprenais tout en ignorant ce qu'ils avaient dans le cœur... Ses sentiments mêlés me donnaient l'impression d'imploser. J'implosais.

Je choisis la haine. Familière. Douce. Tentatrice. Sublime. Je choisis de haïr ce chat qui m'était inconnu. Dont je n'avais aucun renseignements excepté l'odeur. Je choisis de vouloir le tuer pour le punir de vivre. Comme s'il n'était pas assez puni par son erreur. Par son existence. Comme si la vie ne s'en était déjà pas assez chargée. Comme si elle avait besoin de moi pour le torturer. Comme si je n'avais pas tenu les même propos un peu plus tôt. Dans un autre contexte.

La haine était si douce. Je m'y plongeais avec délice, c'était un refuge, une faible protection. Je haïssait la vie. Je haïssais les vivants tout en aimant mon clan. Je me haïssais. La haine était mon amie. Elle m'accompagnait. Elle se tenait à mes cotés, m'intimait les directions à prendre. Elle était là, toujours et à jamais.

Je n'avais plus envie que d'une chose : tuer. Mes yeux luisaient d'un feu noir. Je voulais labourer son ventre de mes griffes. Je frémis à l'idée de son sang éclaboussant l'herbe de taches écarlates, léchant mes pattes. Je ne voulais plus souffrir. Devant la vie : je n'étais qu'un jouet. Il m'était impossible de me défendre. J'étais un chaton aveugle à peine capable de marcher. Mais devant ce chat... Je me retrouvais en position de force. Je me trouvais en mesure d'influencer sa vie. Je me nourrissais de ce sentiment de puissance avec délectation. Je me sentais fort et la frustration de ne pouvoir qu'obéir aux caprices du monde m'avait quitté.

La honte m'envahit. Je me calmais. J'avais peur. Peur de moi. Peur de ce feu noir qui m'étreignait, me soufflait de tuer pour m'apaiser. Je craignais de céder à la délicieuse tentation de la haine. Je craignais de devenir fou. Mais ne l'étais-je pas déjà ? Ne venais-je pas de le prouver ? N'avais je pas été nourris d'une envie de tuer ? Cette envie ne m'avait-elle pas semblé être la meilleur solution ? Venais-je de tuer le reste d'amour qui se débattait faiblement contre le feu dévastant mon cœur ?

Je m'avançais à découvert devant le chat. Il était sur mon territoire, de toute façon. Je n'allais pas le laisser voler les proies de mon clan.
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